Origines: le saviez-vous?

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Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Sam 7 Déc - 16:14

Il y a de nombreuses choses populaires (chansons, expressions, etc.) connues de tous. Mais en connaissez-vous les origines?

Un peu sur le même principe que Lannes et son "Histoire", j'aimerai faire un sujet répertoriant des petites histoires de l'Histoire dont les manifestations perdurent aujourd'hui, bien que nous en ayons oublié l'origine.

On va commencer par un peu de musique.

Vous connaissez tous l'air de la chanson When Johnny comes marching home. Le titre ne vous dit peut-être rien mais on entend souvent son thème dans les films américains, par exemple dans Die hard 3: une journée en enfer avec Bruce Willis ou dans Fourmiz.

Cette chanson date de la Guerre de Sécession: en voici deux versions, une instrumentale et une chantée.

Les paroles sont dues à Patrick Gilmore, un compositeur et chef de fanfare d'origine irlandaise qui vécut aux États-Unis après 1848. Il les écrivit lors de la Guerre de Sécession, alors qu'il servait dans l'armée de l'Union. La chanson est probablement dédiée à sa sœur Annie Gilmore qui priait pour voir revenir sain et sauf de la guerre son fiancé John O'Rourke, capitaine d'artillerie légère de l'Union. Cette chanson était chantée aussi bien par les civils attendant le retour de leurs proches partis combattre que par les soldats des deux camps.

Voici les paroles en VO:

When Johnny comes marching home again,
Hurrah! Hurrah!
We'll give him a hearty welcome then
Hurrah! Hurrah!
The men will cheer and the boys will shout
The ladies they will all turn out
And we'll all feel gay when Johnny comes marching home.

The old church bell will peal with joy
Hurrah! Hurrah!
To welcome home our darling boy,
Hurrah! Hurrah!
The village lads and lassies say
With roses they will strew the way,
And we'll all feel gay when Johnny comes marching home.

Get ready for the Jubilee,
Hurrah! Hurrah!
We'll give the hero three times three,
Hurrah! Hurrah!
The laurel wreath is ready now
To place upon his loyal brow
And we'll all feel gay when Johnny comes marching home.

Let love and friendship on that day,
Hurrah, hurrah!
Their choicest pleasures then display,
Hurrah, hurrah!
And let each one perform some part,
To fill with joy the warrior's heart,
And we'll all feel gay when Johnny comes marching home

En VF ça donnerait plus ou moins ça:

Quand Johnny reviendra à la maison,
Hourrah!  Hourrah!
Nous lui réserverons un accueil chaleureux,
Hourrah!  Hourrah!
Les hommes applaudiront et les garçons crieront
Les demoiselles se retourneront
Et nous serons tous joyeux quand Johnny reviendra à la maison

La cloche de vieille église résonnera dans la joie
Hourrah!  Hourrah!
Pour accueillir notre enfant chéri
Hourrah!  Hourrah!
Les gars du village et les jeunes filles
Joncherons son chemin de roses
Et nous serons tous joyeux quand Johnny reviendra à la maison

Préparez-vous pour la fête,
Hourrah!  Hourrah!
Nous lancerons pour notre  héros trois fois trois
Hourrah!  Hourrah!
La couronne de lauriers est maintenant prête
A ceindre son front fidèle
Et nous serons tous joyeux quand Johnny reviendra à la maison

Laissons ce jour là l’amour et l’amitié
Hourrah!  Hourrah!
Diffuser leurs meilleurs plaisirs
Hourrah!  Hourrah!
Et que chacun fasse sa part
Pour remplir de joie le cœur du guerrier
Et nous serons tous joyeux quand Johnny reviendra à la maison

Si la musique parait assez martiale (n’oublions pas que c’est arrangé par un chef de fanfare militaire), les paroles ne parlent pas de guerre en elle-même mais du retour mérité du guerrier dans son foyer.

Pourquoi, je parle d’arrangement et non de composition ?
Si les paroles sont bien de Gilmore, la mélodie a tout simplement été pompée sur une chanson irlandaise du début du 19ème siècle Johnny I Hardly Knew Ye, lorsque les troupes irlandaises furent envoyées aider les soldats anglais, notamment pour assurer la sécurité des activités commerciales de la Compagnie anglaise des Indes orientales, et dont les paroles sont nettement moins joyeuses et héroïques. Elles racontent l'histoire d'un soldat du comté de Kildare envoyé au Sri Lanka et dont l'épouse constate les mutilations de guerre à son retour.

Paroles originales

While goin' the road to sweet Athy, hurroo, hurroo (ter)
A stick in me hand and a drop in me eye
A doleful damsel I heard cry,
Johnny I hardly knew ye.

With your drums and guns and guns and drums, hurroo, hurroo (ter)
The enemy nearly slew ye
Oh my darling dear, Ye look so queer
Johnny I hardly knew ye.

Where are the eyes that looked so mild, (ter)
When my heart you so beguiled
Why did ye scadaddle from me and the child
Oh Johnny, I hardly knew ye.

Where are your legs that used to run (ter)
When you went to carry a gun
ndeed your dancing days are done
Oh Johnny, I hardly knew ye.

I'm happy for to see ye home (ter)
All from the island of Sulloon
So low in the flesh, so high in the bone
Oh Johnny I hardly knew ye.

Ye haven't an arm, ye haven't a leg (ter)
Ye're an armless, boneless, chickenless egg
Ye'll have to be put with a bowl out to beg
Oh Johnny I hardly knew ye.

They're rolling out the guns again (ter)
But they'll never will take my sons again
No they'll never will take my sons again
Johnny I'm swearing to ye.

Traduction approximative

En chemin vers Athy, (ter)
Un bâton à la main, et une larme à l'œil
J'ai entendu pleurer une jeune femme en peine,
"Johnny, je t'ai à peine connu".

Avec vos tambours et vos canons, vos canons et vos tambours (ter)
L'ennemi t'a presque massacré
Oh mon très cher, tu sembles si misérable
Johnny, je t'ai à peine connu.

Où sont tes yeux, qui m'ont paru si charmants (ter)
Quand tu as ravi mon cœur
Pourquoi as-tu fui loin de moi et de (notre) enfant ?
Johnny, je t'ai à peine connu.

Où sont tes jambes qui t'ont porté (ter)
Quand tu as couru prendre les armes ?
Nos danses d'antan sont bien finies
Johnny, je t'ai à peine connu.

Je suis heureuse de te revoir à la maison (ter)
De retour de l'île de Ceylan
Si décharné, tout en os
Johnny, je t'ai à peine connu.

Tu n'as plus ni bras ni jambes (ter)
Tu es une coquille vide, sans bras, sans os
Il faudra te sortir pour mendier avec un bol
Johnny, je t'ai à peine connu.

Et maintenant, ils ressortent les canons (ter)
Mais ils ne prendront jamais mes fils
Non, ils ne prendront jamais mes fils
Johnny, je t'en fais le serment.

Ndt: on pourrait également dans l'esprit traduire "I hardly knew ye" par Je t'ai à peine reconnu.
Le triste sort de ce Johnny n'est pas sans rappeler celui du "héros" de Johnny s'en va-t-en guerre (ou Johnny Got his Gun en VO) de Dalton Trumbo.

Vous trouverez une version chantée par Joan Baez de cette chanson ici.

Voilà, c'était le quart d'heure culturel de Tonton Proximo. @+
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Lannes le Sam 7 Déc - 17:14

C'est très intéressant merci tonton.

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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par El magnifico le Sam 7 Déc - 19:04

merci val , non seulement c'est tres intéressant , et j'admet que je ne connaissais pas , mais en plus c'est un sacre boulot avec les traductions et les liens musicaux , merci donc!
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Celtic Marvellous Boy le Sam 7 Déc - 22:42

Encore un Irlandais!!!alien alien alien 
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par El magnifico le Sam 7 Déc - 23:53

comme quoi la mauvaise herbe pousse partout:lol!: 
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Lun 9 Déc - 13:28

Avez-vous remarqué que dans les films, les officiers allemands portent souvent des cicatrices au visage?

Je soupçonne certains réalisateurs peu scrupuleux de tenir ce genre de raisonnement: c'est un allemand, donc un méchant et avec une balafre il aura l'air encore plus méchant Twisted Evil Vous savez le genre de réalisateurs qui fait un film pour expliquer que ce sont les américains qui on capturé une machine Enigma et changé le cours de la guerre sous-marine, ou qui peint des chars Patton en gris et nous font croire que ce sont des Königstiger.

Il n'empêche que cette représentation n'est pas nouvelle puisque des caricatures d'officiers allemands portent ces marques bien avant, comme par exemple sur ce dessin datant de la première guerre mondiale.

Souvent associée à un monocle et un uniforme, les caricaturistes l'utilise pour symboliser les conservateurs germaniques à la fin du 19e et au début du 20e siècle.

En outre nombre de portraits montrent des officiers nazis portant ces marques, presque toujours sur le côté gauche du visage. Il ne s'agit pas là de caricatures ou de délires de réalisateurs. Ce n'est pas non plus parce qu'ils sont particulièrement maladroits avec un rasoir le matin au réveil...


Tous ont en commun le fait d'avoir fréquenté les plus grandes universités allemandes et les écoles militaires, où les étudiants pratiquent l'escrime et se regroupent en fraternités. Ces fraternités s'affrontent régulièrement au cours de combats rituels aux règles particulières: la Mensur.

En allemand, la Mensur est un terme d'escrime désignant la distance séparant deux combattants, permettant à l'un des deux de toucher l'autre avec son arme, bras tendu (En France, on l'appelle la mesure). C'est aussi une forme de combat codifié qui fait son apparition au 18e siècle dans les cercles d'escrime. A l'origine les combattants ont des armes affutées et aucune protection, se positionnent "à mesure" et n'ont droit ni de reculer, ni d'esquiver: seule la parade est autorisée. La majorité des combattant étant droitiers et sachant qu'il est plus facile de parer du côté de l'arme que de l'autre, les blessures sont souvent infligées à gauche.

Ces combats faisant des ravages dans les rangs étudiants, on adopte bientôt des protections pour le torse, les membres, la gorge, puis vers 1850 pour les yeux (il y avait beaucoup trop d'officiers borgnes.)


Aujourd'hui cette forme d'escrime se pratique encore plus ou moins clandestinement dans certaines fraternités, principalement en Europe de l'est, et l'équipement n'a guère progressé.


Il n'y a pas de vainqueur et le combat se déroule sur un temps donné ou jusqu'à ce que l'un des duellistes abandonne.

Les blessures infligées portent le nom de Schmiss, dérivé du verbe "schmeissen" qui signifie, en escrime, "attaquer de flanc" car portées de flanc sur le côté de la tête. Afin d'être sur que la marque reste, il n'est pas rare qu'on insère un crin de cheval dans la plaie afin de gêner la cicatrisation. Elles sont marques de virilité*, de bravoure et de droiture prouvant que leurs porteurs affrontent le danger et la douleur sans se dérober et sont sources d'une immense fierté.

Otto von Bismarck, a ce propos, dira même que le courage d'un homme se mesure au nombre de ses cicatrices. Juste avant la première guerre mondiale, on estime que près de 12000 duels de Mensur se déroulaient dans les universités allemandes, chaque année. Dans les années 30, la règle était de 5 duels par semestre pour les étudiants de ses fraternités. D'abord officiellement légalisée par les nazis en 1933, cette pratique a ensuite été interdite. Plusieurs raisons:
- à cause du nombre grandissant d'automutilations volontaires que le prestige des Schmisse engendrait, y compris parmi les hauts dignitaires du parti.
- parce que des responsables du parti ont été mis à mal au cours de ces duels: on rapporte le cas d'un chef SA terrassé en 3 minutes 30 par un professeur d'université de Leipzig. Ca fait tache au niveau du prestige.
- parce que cela permettait a des groupes armés de se réunir en dehors du parti.
En 1937, les corporations et la Mensur sont légalement interdites et la police secrète a reçu l'ordre d'arrêter les pratiquants: cela n'a pas empêcher une centaine de duels de se dérouler en 1941 rien qu'à l'université de Freiburg.

Le statut de cette pratique a toujours été particulier: le duel est interdit dans le code pénal autrichien de 1852 et allemand de 1871 et un combattant pris sur le fait est généralement emprisonné. En revanche un militaire qui refuse le duel ou la Mensur à cette même époque est automatiquement dégradé. Rolling Eyes 

L’impunité pénale dont jouissait la Mensur depuis 1933 fut supprimée par les alliés en 1945. La situation juridique actuelle a été précisée à l’occasion d’une affaire dont eut à connaître le cour suprême de justice de Karlsruhe (BGH) dont on parla sous le nom du "Mensur-Prozess" de l’Université de Göttingen. La cour relaxa un étudiant duelliste, inculpé pour coups et blessures. La décision relève que si la Mensur peut en effet entraîner des blessures graves au sens du code pénal, celles-ci ne sont pas répréhensibles, les règles de la Mensur ayant été acceptées par les deux protagonistes. La cour relève également que cette pratique ne porte pas atteinte aux bonnes mœurs. Il n’y a donc pas lieu d’en réprimer l’exercice.

Si la loi n’interdit plus vraiment la Mensur, les statuts de nombreuses corporations ont cessé de l’exiger. La vague contestataire de la fin des années 1960 conduisit plusieurs corporations membres de la Deutsche Burschenchaft à refuser le duel. Elles furent exclues du mouvement, tambour battant. Mais refusant de se le tenir pour dit, elles demandèrent en justice leur réintégration. Elle leur fut accordée. Pour maintenir un semblant d’unité entre les différentes tendances, la DB finit par remettre la décision de continuer à pratiquer le duel à l’appréciation de chaque corporation. Ce qui explique qu’une certaine hétérogénéité règne sur le front des corporations allemandes, cristallisée notamment autour de cette question du duel. Sur les 133 associations de Burschenschaften actuelles, 10 ont aboli la Mensur, 64 continuent de la considérer comme obligatoire, 59 comme facultative.

Aujourd'hui, on estime que près de 400 corporations pratiquent encore la Mensur en Allemagne et en Europe centrale et orientale.

* Attention, connerie (il en faut bien une de temps en temps): puisqu'il faut des cicatrices pour porter la culotte, cela ouvre une nouvelle perspective sur les paroles de la chanson de Rica Zarai "Sans Schmiss et sans Pantalon", qui serait en réalité une critique du régime nazi. Ok, je  Arrow 
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Invité le Lun 9 Déc - 17:05

Très instructif !

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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par El magnifico le Lun 9 Déc - 22:49

et ben y'a vraiment du boulot la dedans! bravo , encore!!!!
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Mar 7 Jan - 11:31

En deux coups de cuillère à pot:

Cette expression bien connue aurait plusieurs origines "historiques", en voici quelques unes:

1) Il s'agirait une sorte de louche utilisée lors de la première guerre mondiale pour servir leurs rations aux régiments en repos à l'arrière du front. Deux louches équivalaient à la ration d'un soldat, ce qui permettait de servir une compagnie rapidement (deux cuillerées par soldat). Cependant, il apparait que l'expression existait dans la marine française déjà à la fin du premier empire.

2) Les marins français étaient dotés du sabre de bord modèle 1811, dit Cuiller à Pot.
On trouve au moins deux origines à cette appellation.
La première prétend que les cuistots n'étant pas armés, ils se seraient bricolé une arme avec une louche et un couteau de cuisine. Ayant prouvé son efficacité au combat l'arme aurait ensuite été normalisée pour équiper toute la marine.
Selon la deuxième, ce nom provient d'une pratique courante chez les corsaires et pirates avant un abordage. Sauter d'un navire sur l'autre au cours d'un engagement était une expérience particulièrement traumatisante. S'ils tombaient entre les coques, les marins risquaient d'être écrasés ou de se noyer, la plupart ne sachant pas nager et leurs compagnons engagés au combat n'ayant pas le temps de les secourir. De plus l'ennemi n'hésitait pas à tirer à mitraille avec ses canons de pont sur les assaillants. La mitraille étant constituée de tout ce sur quoi les artilleurs pouvaient mettre la main: clous, bouts de métal, tessons de verre ...

Bref, pour monter à l'abordage, il fallait être complètement cintré... ou bourré  drunken. D'où l'utilisation du pot: un tonneau de rhum était ouvert avant l'abordage et les marins utilisaient la garde de leur sabre de bord comme louche pour se servir une bonne rasade de rhum, histoire de se motiver et de perdre leurs inhibitions.

La garde pleine avait également l'avantage de bien protéger la main, de pouvoir servir pour assommer et de ne pas se prendre dans tout ce qui peut trainer sur un pont ou dans les haubans.
La lame relativement courte (65 cm) et robuste (3.7 cm de large au talon) était particulièrement meurtrière, d'où le fait de pouvoir régler un problème en deux coups de cuiller à pot (en la mettant dans la face d'un malotru par exemple). Et puis si on rate avec la lame, un bon coup de garde fait tout aussi bien l'affaire.

3) Une autre origine, aussi savoureuse que fantaisiste (à mon avis), remonte au 14 Décembre 1553. Questionné sur sa succession, Antoine de Bourbon aurait répondu, que cela avait été "réglé en deux coups de cul, hier, à Pau", signifiant par là que sa femme, Jeanne d'Albret, avait accouché sans complication la veille du petit Henri. Le bambin sera plus tard connu de tous les français sous le nom d'Henri IV.

A chacun de se forger une opinion. La mienne est déjà faite: Yoho! et une bouteille de rhum!  drunken 
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Mar 25 Fév - 13:16

"Divertissement par Consentement Royal!"

Je saisis l'occasion d'une prochaine partie de Pirates pour vous livrer l'origine d'une expression anglaise bien connue.

Au XVIII e siècle, l'empire anglais s'étend sur toute la surface du globe, du Canada à l'Australie en passant par les Indes: le fameux "Empire, où le soleil ne se couche jamais".


Les voyages commerciaux se faisant à la voile, cela prend des mois pour relier Londres aux différentes colonies. Les équipages sont littéralement entassés pendant tout ce temps.
Par exemple sur le HMS Victory, mis en service en 1765: navire de ligne 3 ponts de 57 m.

Les marins étaient mal logés, comme sur la majorité des autres navires de guerre de l'époque. Les hamacs et les tables étaient dans l'un des ponts entre les canons, et occupés par le quart qui n'était pas de service. Les marins étaient nourris avec des biscuits séchés (qui ne moisissaient pas mais étaient infestés de vers la plupart du temps), de la viande séchée et salée selon les méthodes traditionnelles de conservation de la viande. Les officiers avaient des cabines plus privées (mais quand même collectives), et étaient nourris par un cuisinier différent. Ils pouvaient alimenter leur propre garde-manger selon leur bourse. Seul le commandant du navire avait une cabine particulière. Un énorme foyer en fonte entouré de briques au centre du bateau permettait de préparer les repas de plus de 800 hommes deux fois par jour. Sur le pont, des moutons, des poules et même une vache vivant dans un enclos, permettait de fournir du lait frais aux rares privilégiés qui en avait le droit (officiers supérieurs, malades...). L'espace est d'autant plus réduit qu'il faut aussi stocker l'eau potable et qu'il y a 120 canons à bord et donc une énorme Sainte-Barbe pour les munitions.



Juste à titre de comparaison, les navigateurs en solitaires qui font des courses autour du monde aujourd'hui sont sur des bateaux de 30 mètres et ils n'ont ni vaches, ni poules, ni canons. Alors à 850 sur 57 mètres, même en trois ponts, je vous laisse imaginer le tableau...

Bref quand le navire fait relâche dans un port, c'est toute une ville qui débarque après des mois de promiscuité en mer et le tout sans femme. Il parait qu'elles portent malheur. (En même temps on comprend facilement qu'une donzelle au milieu de 850 couillus qui dorment sur la béquille pendant 6 mois, c'est un coup à se retrouver avec une mutinerie.) Du coup quand l'équipage met pied à terre c'est l'orgie: alcool, femmes (consentantes ou non), bagarres etc. A tel point que dans certains ports les tavernes ferment à l'arrivée de gros navires ou simplement refusent leurs équipages. C'est intenable pour les officiers: si les hommes ne peuvent pas se défouler à terre, la situation à bord devient explosive quand ils doivent rembarquer.

D'où une lettre remise au capitaine du navire à son départ, stipulant que les consommations et les éventuels dégâts occasionnés par l'équipage dans les ports de relâche seront entièrement pris en charge par le Trésor de la Couronne britannique. Cette lettre se nomme Fun Under Consent of the King. Une des activités principales des marins étant de trousser tout ce qui porte jupon, le terme a pris le sens de "pratiquer un acte sexuel". Par ailleurs quand un tavernier refusait l'entrée à un équipage, il suffisait de lui brandir la lettre sous le nez pour l'obliger à accepter la mise à sac de son établissement. D'où le sens de l'expression "f**k you" signifiant en gros "va te faire voir, je fais ce que je veux".

Hélas, il s'agit là d'une légende urbaine (ou plutôt maritime en l’occurrence).
Déjà une telle lettre, si elle avait existé, se serait nommé Fun By Consent of the King, ce qui met l'acronyme par terre.
De plus, l'origine serait plutôt à rechercher du côté du verbe "ficken", qui a le même sens en allemand. En effet de très nombreux mots anglais sont d'origine germanique et remontent aux invasions Angles et Saxonnes, deux peuples originaires des régions de l'Allemagne actuelle. D'autres linguistes parlent d'une origine latine du verbe "ficcare". Ce qui n'est pas incompatible avec une parenté germanique puisque la Grande Bretagne et la Germanie ont toute deux été conquises, au moins en partie par les légions romaines. On parle également d'origines scandinaves voire vikings ("fukka" signifiant "copuler" en norrois).

D'autres légendes urbaines existent à ce propos:
- Fornication Under Consent of the King: Lors d'une période de surpopulation sous le règne d'Henri VIII et afin d'éviter une éventuelle famine, les couples devaient demander l'autorisation royale pour faire un enfant. Ils placardaient alors une affiche avec cet acronyme sur leur porte pour signifier au voisinage que l'acte était légal. D'après les linguistes cela ne tient pas la route, puisqu'à l'époque le terme "Fornication" désigne uniquement des relations hors-mariage.
- For Unlawfull Carnal Knowledge: Dans certaines colonies britanniques, la prostitution était interdite et les contrevenant(e)s étaient exposé(e)s sur la place publique avec une pancarte indiquant la raison de leur châtiment. Malheureusement même si des pancartes étaient utilisées à cette époque, seul le crime était inscrit et d'après les linguistes jamais le terme For ("pour") n'a été utilisé de cette manière.
- Forced Unnatural Carnal Knowledge: même origine que ci-dessus mais pour les condamnés pour viol, sodomie ou bougrerie au XVe et XVIe siècle en Angleterre et tout aussi invérifiable.
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Ven 11 Avr - 10:54

Lucien Bersot (1881-1915) Fusillé pour l'exemple.

Il y a eu dans l'armée française au cours de la Grande Guerre quelques 2500 condamnations à mort dont 727 ont été suivies d’exécutions, les autres ayant été commuées en peines de travaux forcés ou les condamnés ont été tués au front entre temps.

C'est le sujet de films comme "Les Sentiers de la Gloire" de Stanley Kubrik, inspiré  de l’affaire des caporaux de Souain, "Le Pantalon" d'Yves Boisset, tiré du livre éponyme d'Alain Scoff, ou encore "Un Long Dimanche de Fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (ou comment exécuter une peine de mort en faisant tuer les condamnés par l'ennemi).

Au cours de l'ensemble de la guerre dans l'armée française, 47 ont été exécutés pour motifs inconnus, 56 pour espionnage, 2 pour avoir capitulé en rase campagne, 393 pour avoir abandonné leur poste de combat devant l'ennemi, 19 pour mutinerie collective, 109 pour refus d'obéissance, 43 pour diverses voies de fait, 4 pour avoir déserté, 53 pour crimes et délits de droit commun et un pour pillage.

Il convient de rappeler qu'à l'époque la France applique la peine de mort pour, notamment, les viols et les meurtres, et que ceux se livrant à ces crimes de droit commun auraient été guillotinés dans le civil pour des faits similaires. Les onze fusillés américains de 1918 par exemple l'ont tous été pour ces deux chefs d'inculpation.

Ces chiffres ne comprennent pas les décimations ni les exécutions sommaires sur place.

Il existe au moins deux cas de décimations, c'est-à-dire à l'exécution expéditive d'un soldat sur dix pour empêcher les autres de fuir l'ennemi :
- 8ème régiment de tirailleurs, des soldats tunisiens, sur le front de l'Yser  le 15 décembre 1914.
- la Légion étrangère en juin 1915, cité par l'historien Gilles Manceron,

Les exécutions sommaires n’apparaissent souvent  pas dans les rapports officiels et sont donc très difficiles à dénombrer. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :
- En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P.... a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,....aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur.
- En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », le commandant le suit et le tue d’une balle dans la tête.
Outre les informations d’Honoré Coudray, il est intéressant de connaître ses convictions : fervent partisan de l’ordre, il reproche aux mutins de 1917 leur attitude de rébellion. Ainsi il démontre que la critique des exactions de cet officier n’est pas liée à un parti pris contestataire.

Les motifs de condamnation :

En 1914, les condamnés sont principalement accusés de s’être volontairement mutilés un membre (main, pied). Certains n’hésitent pas à exposer leur main par-dessus le parapet dans l’espoir d’attirer l’attention d’un tireur ennemi : c’est passible du conseil de guerre.

En 1915 et 1916, on assiste de plus en plus à des désertions, puis se développent deux formes de crimes :
- le refus d’obéissance devant l’ennemi. Cette dénomination issue de la justice militaire est le prétexte à des condamnations totalement arbitraires notamment lorsque les généraux n’étaient pas satisfaits d’un repli de troupes
- l’abandon de poste. Il s’agit de désertion dans la majeure partie des cas.

En 1917, les condamnations concernent des comportements collectifs. Les célèbres mutineries du Chemin des Dames restent gravées dans les mémoires tant par leur caractère exceptionnel que dans la répression qui suivit.
Le Poilu ne refuse pas de se battre mais il refuse d’attaquer à outrance. À Craonne, lors des sanglants assauts commandés par le général Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours (et 100 000 sont blessés). En 1918, en France comme chez les Alliés, on constate un déclin des exécutions. En effet, les commandements militaires comprennent mieux l’état mental des soldats, les conséquences du « Shell-Shock », ce choc psychologique provoqué par les conditions de vie des soldats notamment sous les bombardements.

L’évolution de la justice militaire pendant la guerre

Au tout début de la guerre, les militaires ont obtenu du gouvernement la présentation des prévenus devant le conseil de guerre sans instruction préalable.
Début septembre 1914, le ministre de la guerre abolissait les possibilités de recours en grâce et en révision. De plus, Joffre réussit à imposer aux politiques, la constitution de cours martiales dénommées « les conseils de guerre spéciaux », qui devaient juger rapidement et durement pour l’exemple. Les prévenus était jugés par une « cour » composée en général du commandant de régiment assisté de deux officiers. Ils votaient et la majorité scellait le sort du soldat. En cas de condamnation à mort la sentence était applicable dans les 24h selon les préconisations de Joffre. Ainsi les principes d’indépendance des juges, de débats contradictoires et enfin de recours ont été abolis.
Sur les 600 fusillés pour l’exemple environ 430 l’ont été en 1914 et 1915 (selon André Bach). Devant les abus révélés par la presse et les associations, le parlement tenta d’atténuer cette justice expéditive.
À la fin de l’année 1915, les conseils de guerre spéciaux sont supprimés.
Enfin le 27 avril 1916, une loi permet d’atténuer et de contrôler cette justice militaire.

Le cas Lucien Bersot.



C’est le sujet du livre d’Alain Scoff « Le Pantalon » aux Éditions Jean-Claude Lattès, 1982 et 1998. Pour le grand public il reste le sous-brigadier Ménardeau ou Auguste-Pignard-de –Lamotte-Beuvron des émissions de Stéphane Collaro. Mais il serait très réducteur de le cantonner à ces seuls rôles de bouffon. Il collabora également entre autres avec Yves Boisset sur l’adaptation de « L’Affaire Seznec » et « L'Affaire de Lépanges sur Vologne » (le petit Grégory), pour ne parler que des plus connus, et était administrateur de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).

Le cas Lucien Bersot fut l'un des plus médiatisés parmi les soldats fusillés pour l'exemple pendant la Première Guerre mondiale.

Lucien Jean Baptiste Bersot naît le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône) dans une famille de petits paysans. Ses parents étant venus s'installer à Besançon, Lucien y apprend le métier de maréchal-ferrant et s'y marie en 1908 avant de devenir père d'une petite fille en 1909.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est mobilisé au 60e régiment d'infanterie, régiment avec lequel il se trouve pendant l'hiver 1914-1915 sur le front de l'Aisne, et qui vient de subir de lourdes pertes du côté de Soissons. Le commandant de l’unité est tué et au moins 25 officiers et 1800 soldats sont tués, blessés, disparus ou prisonniers. Le régiment sera réduit à 5 compagnies et se dirigera vers Fontenay pour l’occuper. Cependant, l'État-major jugeant ce régiment peu actif venait d'en confier le commandement, le 22 janvier 1915, au lieutenant-colonel Auroux, un ancien des troupes d'Afrique, chargé de lui rendre du mordant.

Grelottant de froid dans les tranchées, il demanda le 11 février 1915 au sergent-fourrier un pantalon de laine identique à ceux que portaient ses camarades. À cette date, comme le rappelle Jean-Yves Le Naour, « l’armée française ressemble à une troupe d’arlequins ». L’uniforme bleu horizon, fabriqué à grande échelle, n’est toujours pas distribué aux soldats. Ils sont donc vêtus du pantalon rouge, de vêtements personnels, de pantalons de toile de lin blancs perçus lors de l’incorporation aussi appelés « salopettes » comme c’est le cas pour Lucien Bersot, ou bien de pantalons de velours envoyés par les familles dans leurs colis. Le sergent lui propose alors un pantalon déchiré et souillé de sang prélevé sur un soldat mort.  Bersot le refuse. Il écope dans un premier temps de huit jours de prison, prison par le lieutenant André suite à la dénonciation du sergent-fourrier. Puis le lieutenant-colonel Auroux décide de le faire traduire en conseil de guerre spécial de régiment pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi. Ancien officier colonial nommé à la tête du régiment le 22 janvier 1915, le colonel Auroux « ne sentait pas ses troupes bien en main, d’autant plus qu’il avait fallu reconstituer les compagnies avec des soldats venant des dépôts de l’intérieur. Il a voulu leur montrer qu’il entendait qu’une discipline de fer régnait sur son régiment ». C’est ce qu’explique, dans une lettre à la veuve Bersot, le chanoine Payen, l’aumônier qui assista le soldat dans ses derniers moments..

Sept de ses camarades tentent alors de convaincre le lieutenant André de changer le motif de la punition. L’injustice ressentie et exprimée par ses camarades est perçue comme une mutinerie par le colonel Auroux qui aimerait rajouter au poteau d’exécution, le soldat Élie Cottet-Dumoulin, porte-parole du groupe. Le colonel Auroux raconte dans un rapport daté du 16 octobre 1916 : « Dans une compagnie de réserve, le refus d’obéissance de Bersot soulève une mutinerie contre le commandant de la compagnie dont l’autorité cesse d’être reconnue au moment où il peut en avoir le plus grand besoin et qui fait appel à la mienne. J’envoie à son appel arrêter les meneurs avec ordre de les amener à mon poste de combat. Le général Nivelle commandant la brigade était également à son poste de combat. Par le téléphone qui nous relie, je lui rends compte, que sans quitter mon poste de combat ni mon commandement, je vais constituer séance tenante un conseil de guerre pour arrêter dans l’œuf cette indiscipline en présence de l’ennemi. Sa réponse est affirmative. »

Le 12 février 1915, le conseil de guerre spécial se réunit à Fontenoy, dans l’Aisne. Le colonel, exprime clairement, lors de la préparation du procès au sergent greffier Jean Perruche de Velna, juge d’instruction dans le civil, qu’il souhaite se servir de cet incident pour faire un exemple au reste de la troupe : « Je vous ai fait appeler parce que je suis en face d’une rébellion de soldats : il faut que je fasse des exemples, en tuer un ou deux. »

Traduit pour « refus d'obéissance », Lucien Bersot est condamné à mort. Deux compagnons du condamné (Elie Cottet-Dumoulin et André Mohn) intervinrent alors auprès du lieutenant-colonel pour tenter d'adoucir la sentence, mais ne furent pas entendus et se virent punis à leur tour de 10 ans de travaux forcés en Afrique du Nord.
Le cas Bersot est exemplaire : il témoigne à la fois de la crainte de l’état-major de faire face à des mouvements d’indiscipline, qu’il soit individuel ou collectif et en même temps que le maintien de celle-ci passe par l’exécution de soldats – de fusillés pour l’exemple – pensant ainsi mettre un terme à une indiscipline naissante chez les hommes de troupe. Si le refus est bien réel, il n’aurait dû entrainer qu’une condamnation légère et en aucun cas une condamnation à mort. Le motif 218 concernant le refus d’obéissance n’envisage la mort que dans le cas où l’accusé refuse de « marcher contre l’ennemi ». La peine infligée ici dans le cas de Lucien Bersot ne correspond pas au Code de justice militaire, car le délit a été constaté à l'arrière et non au contact de l'ennemi. Lors de la réhabilitation, l’arrêté de la Cour de cassation s’appuie sur le fait qu’Auroux a été dans l’affaire juge et parti.

Certains de ses camarades refusèrent de tirer lors de son exécution qui eut lieu dès le lendemain 13 février 1915 à Fontenoy (Aisne) car les Conseils de guerre « spéciaux », contrairement aux Conseils de guerre « ordinaires », n'autorisaient aucune procédure d'appel.



Après la guerre, une campagne de presse fut engagée par le journal Germinal sous la plume d'un jeune avocat, René Rücklin, conseiller général de Belfort. Soutenue par la Ligue des droits de l'homme, cette initiative permit d'obtenir la réhabilitation de Lucien Bersot dès le 12 juillet 1922. La Cour de cassation ne pouvait que statuer rapidement pour confirmer l'injustice dont fut victime le fusillé Bersot. Grâce à cette réhabilitation, sa veuve put prétendre à la pension de veuve de guerre et sa fille put être reconnue comme pupille de la nation.

Le colonel Auroux fut mis en cause pour avoir agi en toute illégalité, étant à la fois l'accusateur et le président du Conseil de guerre, et faisant infliger une peine sans commune mesure avec la faute (violation de l'article 24 du Code de justice militaire constatée par la Cour d'appel de Besançon, le 10 avril 1922). À l'Assemblée nationale, le député Louis Antériou, ancien combattant et futur ministre des Pensions, interpella le Gouvernement pour demander sa condamnation, mais André Maginot, ministre de la Guerre, repoussa la discussion sous le prétexte d'une campagne antimilitariste. Auroux, protégé par Maginot et par la hiérarchie militaire, échappa à tout jugement jusqu'à l'arrivée au pouvoir du Cartel des gauches, où il fut mis à la retraite en 1924 sans pouvoir obtenir le grade de général qui lui serait revenu sans ces évènements. Il avait, auparavant, été fait Commandeur de la Légion d'honneur.

Lucien Bersot fut ré-inhumé en 1924 dans le cimetière de Besançon. Une stèle située à proximité de l'église de Fontenoy (Aisne), inaugurée en novembre 1994, rend hommage à Lucien Bersot et à un autre fusillé pour l'exemple : le soldat Léonard Leymarie du 305e régiment d'infanterie, exécuté le 12 décembre 1914 sous le prétexte de "mutilation volontaire" (sur les données d'un rapport médical), acte pour lequel il avait toujours protesté de son innocence (il avait été blessé à la main à son poste de guetteur ; or de nombreux cas de mutilation volontaire consistaient à tenir une cigarette allumée dans le creux de la main tendue par-dessus le parapet de la tranchée). Leymarie a été réhabilité en 1923.

La municipalité de Besançon a récemment décidé d'apposer une plaque à l'entrée de la Maison du Peuple, 11, rue Battant. Cette plaque, inaugurée le 11 novembre 2009, honore la mémoire de Lucien Bersot et celle d'un autre poilu, Elie Cottet-Dumoulin, ouvrier ferblantier de Battant, condamné à dix ans de bagne pour avoir protesté contre la sanction qui frappait son camarade de régiment. Ce soldat est mort en Orient ( Serbie ) en 1917.

Témoignages autour de l’affaire Bersot,
cités par M. Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon lors de l’inauguration d’une plaque « Lucien Bersot  - Élie Cottet-Dumoulin », le 11 novembre 2009 à la Maison du Peuple, 11 rue Battant.

Les circonstances dans lesquelles la veuve de Lucien Bersot apprit la mort de son mari ne pouvaient qu’aggraver sa douleur, comme elle l’a raconté dans une lettre qu’elle adresse au Quotidien daté du 26 février 1924.
« Il y a toujours des gens de cœur. Ah ! vous ne saurez imaginer ce que je pus souffrir lorsque j’appris dans la rue, le 18 février 1915, l’épouvantable nouvelle. Et à la douleur de l’éternelle séparation s’ajoutait la honte. Oui, je devais, avec ma chère fille, supporter le poids de la honte. Je n’étais pas la femme d’un héros. Mon mari n’était pas mort pour une noble cause. Il était mort par le caprice d’un lâche. Quelle douleur pour une femme, pour une fille de savoir qu’il était mort dans des circonstances aussi abominables !
Quelques jours après, je reçus l’avis de décès de mon mari. Il n’était pas conçu en termes infamants, mais il ne portait pas comme les autres la mention : Mort au champ d’honneur ! Je ne pouvais me présenter nulle part sans être blâmée, bafouée. Et, chaque fois que je devais montrer le triste document pour quelque démarche, on me renvoyait de bureau en bureau, disant : « L’avis de décès de votre mari n’est pas en règle. Comment cela se fait-il ? » Et, chaque fois je devais répéter l’horrible chose. Hélas ! Ce n’est pas tout. Lorsque mon cher ami fut réhabilité – le 12 juillet 1922 – j’ai demandé que la dépouille de Lucien Bersot fût ramenée ici à Besançon où il est tant aimé et tant regretté. Cette dernière satisfaction m’a encore été refusée… »

Sa petite fille déclarera par la suite
« Ma grand-mère était blanchisseuse dans le quartier de Battant, et pour laver ou livrer son linge, les premiers mois qui ont suivi le drame, elle devait le faire à la nuit tombante pour ne pas entendre les injures et supporter les regards des gens, subir ce sentiment de honte, surtout qu’elle était une personne très digne, fière et très proche de la religion. Le plus dur pour elle, c’était de ne pas avoir d’endroit pour se recueillir puisque le corps ne lui a été restitué que le 19 avril 1924. Administrativement, la situation de ma grand-mère était aussi un calvaire puisque pas reconnue comme veuve de guerre, elle ne pouvait prétendre à aucune pension, et chaque fois qu’elle présentait l’avis de décès de son mari, il n’était soi-disant pas en règle. »

L'arrêt de réhabilitation de Lucien Bersot

Cour de cassation, Chambre criminelle, 13 juillet 1922, Bersot ― MM. André Bouloche, faisant fonction de président ; Duval, rapporteur ; Wattinne, avocat général ; Hersant, avocat.
« LA COUR ; ― Vu l’article 20 de la loi d’amnistie du 29 avril 1921 ; ― Au fond : Attendu que Bersot a été inculpé pour refus d’obéissance et traduit devant le conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie ; que la question suivante a été posée au conseil : " Bersot (Lucien), soldat à la 8e compagnie du 60e régiment d’infanterie, s’est-il rendu coupable d’avoir, le 11 février 1915, à Fontenoy, refusé d’obéir à un ordre donné par son chef, en présence de l’ennemi ? " ; que sur la réponse affirmative faite à cette question, Bersot a été condamné à la peine de mort par jugement du 12 février 1915, et passé par les armes le lendemain matin, 13 février ; ― Attendu que le jugement du 12 février 1915 a été, par arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, du 14 septembre 1916, cassé, mais seulement dans l’intérêt de la loi, par le motif que le lieutenant Auroux, qui a signé l’ordre de mise en jugement, a présidé le conseil de guerre, prenant ainsi part au jugement de l’affaire dont il avait précédemment connu comme administrateur ; ― Attendu que la chambre criminelle de la Cour de cassation est présentement saisie d’une demande de réformation du jugement du 12 février 1915, dans les termes de l’article 20 de la loi d’amnistie du 29 avril 1921 ; ― Attendu qu’il résulte de l’enquête à laquelle il a été procédé que Bersot, qui n’avait, au cours de l’hiver 1915, qu’un pantalon de toile blanc, dit "salopette", en avait, à plusieurs reprises, réclamé un autre qui n’avait pu lui être fourni ; que le sergent fourrier Boisson, en ayant récupéré un dans un cantonnement, le proposa à Bersot le 11 février, mais que celui-ci le refusa comme malpropre ; que, sur le refus persistant par Bersot de le prendre, et après lecture à celui-ci du Code de justice militaire, le sergent fourrier en référa au commandant de la compagnie ; que celui-ci enjoignit à Bersot de prendre le pantalon et de le nettoyer, mais que Bersot renouvela son refus, en suite de quoi le lieutenant André infligea à Bersot une punition de huit jours de prison pour refus d’obéissance ; ― Attendu qu’à la nouvelle de la punition infligée à Bersot, huit de ses camarades ont adressé au lieutenant André une réclamation collective, qui a été considérée comme une mutinerie et qui a entrainé la comparution de deux d’entre eux, Cottet-Dumoulin et Mohu, devant le même conseil de guerre, sous l’inculpation d’outrage à supérieur pendant le service ; mais qu’il résulte de l’enquête que Bersot, loin d’être, comme il a été prétendu, l’instigateur de cette demande, contraire au règlement, y est resté complètement étranger ; ― Attendu que tous les témoignages, recueillis au cours de l’enquête, sont unanimes pour établir que Bersot était un brave soldat, courageux, aimé et estimé de ses camarades ; ― Attendu que, dans les circonstances ci-dessus relatées, l’injonction adressée à Bersot par le lieutenant André ne peut être considérée comme ayant constitué comme un ordre de service donné pour l’accomplissement d’un devoir militaire en présence de l’ennemi, au sens de l’article 218, § 1er, du Code de justice militaire ; que le fait retenu à la charge de Bersot n’a point présenté les caractères constitutifs de ladite infraction ; que, par suite, c’est à tort qu’il a été déclaré coupable ; Par ces motifs, réforme, dans l’intérêt du condamné, le jugement du conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie, en date du 12 février 1915 ; déclare que Bersot est et demeure acquitté de l’accusation du crime retenu à sa charge ; ordonne l’affichage du présent arrêt dans les lieux déterminés par l’article 446 du Code d’instruction criminelle et son insertion au Journal officiel ; ordonne également que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera transcrit sur les registres du conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie, et que mention en sera faite en marge du jugement réformé ; ― Et statuant sur les conclusions à fin de dommages-intérêts,…dit que la réparation doit être fixée : en ce qui concerne la veuve Bersot, femme Frère, à l’allocation d’une somme de 5 000 F ; en ce qui concerne Marie-Louise Léontine Bersot, à l’allocation d’une somme de 15 000 F, dont l’emploi devra être fait en rentes sur l’État français, immatriculées au nom de ladite mineure. »
Source : Dalloz, Recueil périodique et critique de jurisprudence, de législation et de doctrine, périodique 1922, Première partie : Cour de cassation, p. 228.

Lucien Bersot ne fut malheureusement pas le seul Fusillé pour l’exemple. En voici « quelques » autres.

France, 1914
• Le 1er septembre 1914, à Remenoville, Frédéric Henri Wolff est le premier fusillé pour l’exemple. Il était chef de bataillon du 36e Régiment d’infanterie coloniale.
• Le 7 septembre 1914, 7 soldats du 327e sont exécutés : Barbieux, Clément, Caffiaux, Hubert, Delsarte, Dufour et Waterlot. Ce dernier sort indemne de la fusillade et meurt sur le front le 10 juin 1915. L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une campagne de réhabilitation très importante de la Ligue des droits de l’Homme mais qui n’a pas a abouti.
• Le 18 septembre 1914, le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.
• Le 19 septembre 1914, les soldats Auguste Jules Léon Odde (24e bataillon de chasseurs, né le 29 novembre 1892 à Six-Fours, Var) et Joseph Tomasini sont fusillés tandis que les quatre autres ont leur peine commuée en vingt ans de détention, puis annulée par la Cour de cassation le 10/03/1915.
• Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le 10 octobre 1914 à Ambleny (02). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le 10 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi
• Arnold Maille du 1er R.I., fusillé le 22 octobre 1914 à Cormicy (51). Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le 16 octobre 1914. Albert Arjailles du 42e RIC fusillé le 11 septembre 14 à Ville devant Belrain (55). Alfred Désiré Fernand Bayard du 128e RI fusillé le 12/09/1914 à Vouillers (51). Léon Appolinaire Bazin du 16e RIT fusillé le 16 octobre 1914 à Bavincourt (62). Bellal Mohammed Ben Mohammed Ben Salem du 6e R tirailleurs fusillé le 31 décembre 1914 à Tracy le Mont (60).
• Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le 29 août 1914, il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé le 7 septembre 1914 avec cinq autres coaccusés (Claudius Urbain du 299e RI né le 1er janvier 1882 à Chuzelles (38), mineur à Vienne - Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le 3 novembre 1889 à Saint-Denis (93), cultivateur à Liancourt (60), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 2 septembre 1914 - Benoît Manillier du 22e RI, né le 22 mai 1887 à Leyrieu (38), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 03/09/1914 - Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le 04/01/1892 à St Quentin Falavier (38), voiturier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 3 septembre 1914 - Francisque P. chasseur du 11e BCA, né le 1er février 1882 à La Grand Croix (42), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 3 septembre 1914). Il sera réhabilité dès 1917.
• Henri Bourgund a été fusillé le 8 novembre 1914 « pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi » lors des combats de Saint-Laurent Blangy, près d’Arras. Il a été exécuté et enseveli dans un pré, à la lisière de Sainte-Catherine et au nord de la Scarpe .
• Marcel Loiseau, du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le 12 octobre 1914 à Mouilly. Il est réhabilité le 17 mars 1922, l’accusation étant infondée.
• Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de cassation le 29 janvier 1921.
• Léonard Leymarie, du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a pas été réhabilité mais est mentionné comme « Mort pour la France ».
• Deux soldats du 2e Régiment de Tirailleurs Marocains sont fusillés à Tracy-le Mont (60) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le 7 octobre 1914, condamné le 6 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le 11 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi)
• François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit (page 41) le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en décembre 1933.
• Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le 18 octobre 1914, pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
• Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le 10 octobre 1914, il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier.
• Sont également fusillés en 1914 dans l’Aisne : Paul Pessina (soldat du 144e RI, fusillé le 29 septembre 1914 à Cuiry les Chaudardes), Georges Paul Voyer (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15 novembre 1914 à Braine), Louis Goffin (soldat du 12e RI, fusillé le 12/12/1914 à Saint-Aubin), Jean Grateloux (soldat du 238e RI, fusillé le 12 décembre 1914 à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division), Léon Georges Coulon (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le 15 novembre 1914 à Braine), Louis Abadie (soldat du 246e RI, fusillé le 24 décembre 1914 à Vauxbuin, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi et vol par le conseil de guerre de la 55e division le 29 octobre 1914), Émile Guiraud (soldat du 42e RI, fusillé le 16 novembre 1914 à Nouvron-Vingré, condamné le 15 novembre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi), Henri Joseph Jolbert (tambour du 42e RI, né le 15 octobre 1889 à Luxeuil les bains, fusillé le 16 novembre 1914 à Nouvron-Vingré, inhumé au cimetière militaire d’Ambleny, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi).

France, 1915
• Félix Baudy, maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, à la suite du refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
• Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 1934.
• Les caporaux de Souain, les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés à la suite du refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice, cette dernière comprenant des anciens combattants.
• Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né aux Sorinières (44) est fusillé le 4 juillet 1915 à 25 ans.
• Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
• Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice le 4 novembre 1933.
• Louis Pardimène, né le 15 juillet 1880 à Barzun (64), fils de Pierre et de Marie Ribes, soldat du 83e régiment d’infanterie a été fusillé le 7 janvier 1915 à Châlons-sur-Marne (51)
• Le soldat Lucien Mervelay Lucien du 174e RI est exécuté à Saint-Amand-sur-Fion (51) le 3 avril 1915 avec trois autres hommes d’autres régiments en présence de la 95e brigade.
• Sont également fusillés dans l’Aisne en 1915 : François Bihouise (soldat du 88e RI, fusillé le 13/05/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Régis Rochelimagne (soldat du 238e RI, fusillé le 21/05/1915 à Courmelles, condamné par le conseil de guerre de la 63e division pour voie de fait et outrage à supérieur), Lucien François Lequeux (soldat du 306e RI, fusillé le 07/03/1915 à Braine, Mardochée Louis Lévy (soldat du 49e RI, né le 08/08/1884 à Bayonne, fusillé le 15/01/1915 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert, célibataire, coiffeur, fils de David Albert Lévy), Louis Longuetaud (soldat du 249e RI, fusillé le 14/03/1915 à Bourg et Comin), Henri Louis Chassaigne (du 321e RI, fusillé le 30/07/1915 à Hartennes et Taux), Jules Émile Chipaux (du 42e RI, fusillé le 29/01/1915 à Saint-Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Crouy), Edouard Joseph André (du 24e RI, fusillé le 21/01/1915 à Berry au Bac).

France, 1916
• Six soldats de Loire-Inférieure sont fusillés en 1916. Il s’agit de : caporal Joseph Bertin, né à Nozay, fusillé le 5 juin 1916 à 25 ans ; soldat Alexandre Kerfontan, né à Indre, fusillé le 24 juillet 1916 à 30 ans ; soldat Louis Legendre, né à Fégréac, fusillé le 29 novembre 1916 à 33 ans ; caporal Émile Le Pahun, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 1er juin 1916 à 30 ans ; soldat Joseph Porcher, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le 24 octobre 1916 à 36 ans ; soldat Jean-Michel Suraud, né à Nantes, passé par les armes le 7 septembre 1916 à 34 ans.
• En même temps que Jean-Michel Suraud, sont fusillés avec lui le 7 septembre 1916 à Verderonne (Oise) : Justin Louis Lorho (soldat au 3e R.A.C., né le 12/07/1892 dans le Morbihan à Saint Pierre Quiberon) et Louis François Mathurin Chevestrier (marsouin au 8e R.I.C, né dans les Côtes d’Armor le 25/01/1880 à Saint-Juvat).
• Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, avec ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916. En 1921, Louis Barthou le Ministre de la guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétées par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926.
• Sont fusillés le 22/05/1916 à Roucy (02) après avoir été condamnés à mort le 30/04/1916 par le Conseil de guerre de la 55e division pour avoir refusé pendant une heure de remonter aux tranchées : Émile Frédéric Lhermenier (soldat au 96e RI, né le 15/04/1894, peigneur de chanvre, célibataire, fils de Alexandre Lhermenier et de Louise Souty, inhumé au cimetière militaire de Pontavert dans l’Aisne), Lucien Baleux (soldat au 96e RI, 2e compagnie, né le 31/01/1897 à Paris (19e), célibataire, fils de Alexandre Alfred Baleux et de Victorine Henriette Croisoeufs), Félix Louis Milhau (soldat au 96e RI.), Paul Pierre Regoult (soldat au 96e RI).
• Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
• Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, du 8e régiment d’infanterie coloniale, fusillés le 22 octobre à 6 h 30, au lieu-dit La Cavée d’Hayon à Sarcus, dans l’Oise.
• Sont également fusillés dans l’Asine en 1916 : Armand Désiré Gontier (du 75e RI, fusillé le 20/12/1916 à Guyencourt), Théophile Boisseau (du 246e RI, né en août 1844 à Paris, fusillé le 06/06/1916 à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert).

France, 1917
• Le caporal Joseph Dauphin, du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort le 06/06/1917 à la suite de la mutinerie de Beuvardes car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des "propos séditieux". Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité. Fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Cultivateur, marié, père d’un enfant. Inhumé au cimetière militaire de Cormicy (51).
• André Petit, né le 21/12/1895 à Escamps (89) et fusillé le 28/02/1917 à Gueux (51) sous le motif d'abandon de poste. Il est également inhumé au cimetière militaire de Cormicy (51).
• Sont fusillés le 20/06/1917 à Chacrise (02) : Charles Vally (soldat du 60e BCP, né le 08/02/1892 à Raon les Leau (54), fils de Charles Vally et de Marie Paradis. Condamné par le Conseil de guerre de la 77e division prononcé le 12/06/1917 pour crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi), Victor Alexandre Norbert Degouet (soldat au 159e RI, né le 25/12/1895 à Paris, opérateur au cinématographe, fils de Alexandre Degouet et de Félicie Evrard), Louis Flourac (soldat au 60e BCP, né le 05/07/1893 à Saint Ybars (09), cultivateur, fils de Joseph Flourac et de Rose Lacoste), Joseph Célestin Bonniot (du 97e RI, né le 22/02/1884 à Celles (38), fusillé le 20/06/1917 à Chacrise, boulanger, fils de Augustin Bonniot et de Léonie Chrétien, marié).
• Arthur Nicolas Renauld (du 70e B.C.P., né le 05/12/1891 à St Amand les Eaux (59) et fusillé le 12/06/1917 à Ventelay (51). Mineur, marié, père d’un enfant. Matricule 2194 au recrutement de Valencienne classe 1911 (Source AD 59 : Volume 9 page 237).
• Le soldat Jules Allard, né à Nantes, est fusillé le 13 février 1917 à 24 ans.
• Sont fusillés le 12/06/1917 à Maizy trois hommes du 18e RI : Jean-Louis Lasplacettes, né le 26/08/1887 à Aydius (64), cultivateur, fils de Michal Lasplacettes et de Anne Casebonne), Casimir Canel, né le 01/03/1896 à Avesnes-le-Comte, et Alphonse Robert Didier, né le 07/04/1884 à Vagney (88), employé de commerce, fils de Félicien Didier et de Marie Lecomte) ; Vincent Moulia, également condanné, réussit à s'échapper la nuit précédente.
• Sont également fusillés dans l’Aisne en 1917 : Pierre Gaston Lefèvre (né le 04/06/1897 à Morfontaine (54) et fusillé le 16/06/1917 à Soissons, cantonnier, fils de Jean-Baptiste Lefèvre et de Zoé Reder, condamné à mort le 09/06/1917 à la suite de la mutinerie de Mercin, par le Conseil de guerre de la 13e division pour révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs), Albert Emilien Truton (soldat au 75e RI, né le 07/10/1895 à Le Mage (61) et fusillé le 16/06/1917 à Pargnan, cultivateur, fils de Constant Truton et de Françoise Maintenant, marié, père d’un enfant, Croix de guerre avec étoile de bronze, condamné à mort à la suite de la mutinerie de Pargnan par le Conseil de guerre de la 27e division le 10/06/1917 pour refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi, inhumé au cimetière militaire de Cerny en Laonnois), Pierre Louis Joseph Ramette (du 273e RI, fusillé le 01/05/1917 à Longueval), Joseph Louis Ruffier (du 370e RI, né le 04/05/1884 à Lachassagne (69), fusillé le 06/07/1917 à Saint Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin), Henri Désiré Valembras (du 323e RI, cultivateur, né en 1887 à Avernes sous Exmes (61) et fusillé le 13/06/1917 à Craonne, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), André Alfred Vasse (du 274e RI, né le 04/01/1893 à Graville (50), fusillé le 02/07/1917 à Paars), Simon Krief (du 4e régiment de zouaves, fusillé le 14/02/1917 à Pavant), Jean Claude Gaillet (du 417e RI, fusillé le 02/11/1917 à Juvigny), René Louis Brunet (du 20e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Émile Paul Buat (du 21e BCP, fusillé le 10/06/1917 à Grisolles), Hassan Ben Salah Ben M’Bareck (du 8e régiment de tirailleurs, fusillé le 05/10/1917 à Droizy).
France, 1918
• Le soldat Gillet est exécuté le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l’Homme va accompagner pendant plusieurs années le père du fusillé pour obtenir, sans succès, sa réhabilitation. En août 1920 est décernée une décoration militaire posthume à Gillet.
• Sont également fusillés dans l’Aisne en 1918 : Charles Victor Robert (du 131e RI, fusillé le 04/01/1918 à Bouconville Vauclair, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Georges Gaillagot (du 49e RI, fusillé le 08/10/1918 à Allemant).


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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Lannes le Ven 11 Avr - 12:03

C'est très intéressant merci Val.

Ce qui est aussi très intéressant c'est quand même le peu de condamnés à mort pour l'année 1917, qui est l'année des grandes mutineries.

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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par El magnifico le Ven 11 Avr - 13:47

bravo sacre boulot!
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Ven 11 Avr - 18:13

Lannes a écrit:
Ce qui est aussi très intéressant c'est quand même le peu de condamnés à mort pour l'année 1917, qui est l'année des grandes mutineries.

La liste en fin de sujet n'est malheureusement pas exhaustive et ne répertorie que des exécutés. Comme expliqué, suite à une modification de la loi, le nombre d'exécution a drastiquement chuté à partir de 1916.

A propos des mutineries de 1917 (notamment suite à l'offensive du Chemin des Dames menée par le général Nivelle), j'ai trouvé ça:

"Les mutineries se manifestèrent essentiellement par des refus de certains soldats de plusieurs régiments de monter en ligne. Ces soldats acceptaient de conserver les positions, mais refusaient de participer à de nouvelles attaques ne permettant de gagner que quelques centaines de mètres de terrain sur l'adversaire (...)

Le remplacement du général Nivelle par Philippe Pétain comme général en chef des armées ne les calma que progressivement. Pétain parvient à calmer ces rébellions en adoptant une stratégie moins offensive que son prédécesseur afin de limiter les pertes en hommes. Il prend également plusieurs mesures visant à améliorer le sort des poilus, concernant entre autres les cantonnements, la nourriture, les tours de permissions… Toutefois, le pic d'intensité des mutineries se situe entre le 20 mai et le 10 juin, soit après la nomination du général Pétain (15 mai 1917). Les mesures prises par celui-ci pour mettre fin aux mutineries mettent donc environ un mois à faire leur effet.

Cette grande crise au sein de l'armée française amena son lot de sanctions contre les mutins. Environ 3 500 condamnations, en rapport avec ces mutineries, furent prononcées par les conseils de guerre avec une échelle de peines plus ou moins lourdes. Il y eut entre autres 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 furent effectives parmi lesquelles 26 l'ont été pour actes de rébellion collective commise en juin ou juillet 1917.

Ce nombre a toujours, compte tenu des enjeux idéologiques, été un sujet de controverses du fait de l'impossibilité d'accéder librement aux archives avant 100 ans. Il varie également en fonction de la période retenue pour les mutineries et de la date des procès, certains mutins ne passent en jugement qu'en 1918 et quelques procès de 1917 se rattachent à des évènements des années antérieures. De plus, on estime que 10 à 15 % des archives militaires sont définitivement perdues. Quoi qu'il en soit, le nombre des exécutions de 1917, souvent mis en avant lorsque l'on parle des fusillés pour l'exemple reste relativement faible rapporté au nombre de fusillés des derniers mois de 1914 (près de 200) ou de l'année 1915 (environ 260). On peut l'expliquer par l’utilisation du droit de grâce par le président Poincaré : il gracie 90 % à 95 % des cas qui lui sont présentés."


Tout le monde a entendu parler des "Fusillés pour l'exemple", mais ils sont au final assez peu nombreux, rapporté aux pertes de l'armée française ( 1 400 000 morts quand même). En moyenne sur plus de 4 ans et sur plus de 700 km de front, on parle de moins d'une exécution tous les deux jours alors que dans le même temps, il y avait pour les seuls soldats français plus de 900 morts par jour.
C'est un peu comme ces images des Gueules Cassées (cf. La Chambre des Officiers) ou des victimes de "Shell Shock" (Cf. Les Fragments d'Antonin) qui ont traumatisé des générations entières. Les Gueules cassées représentaient environ 15 000 des 3 millions de blessés français (soit 0.5%).

Ce que je trouve intéressant, c'est la trace que ces évènements ont laissé dans la mémoire collective: des évènements tragiques et emblématiques, mais très peu représentatifs au final. Leur impact dans la mémoire et l'imaginaire collectifs des générations suivantes est énorme (encore aujourd'hui, 100 ans après).
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Re: Origines: le saviez-vous?

Message par Val King Dead le Mer 30 Avr - 7:53

Morituri te salutant!

Qui ne connait pas cette phrase emblématique des gladiateurs entrant dans l'arène et saluant ainsi l'empereur avant de s'écharper joyeusement devant la foule en délire? C'est d'ailleurs plus ou moins ce qu'en dit Larousse. (la preuve ici)

Sauf que c'est faux! C'est a peu près aussi faux que si je disais que Lorànt Deutsch a racheté Larousse (quoique, quand on voit ça...  Wink ).

Cette phrase a en effet été prononcée, mais une seule fois, (en tout cas il n'y a aucune trace d'une autre occurrence dans les témoignages d'époque recensés à ce jour) par les combattants de la naumachie organisée par l'empereur Claude en 52 après JC, sur le lac Fucin. Même si c'est en rapport avec un spectacle sanglant, cela n'a rien à voir avec la gladiature, ni avec une arène quelconque.

Comme cela ne sert à rien de recopier bêtement, je vous renvoie à ce très bon article sur les naumachies.

Certes, Wikipédia n'est pas forcément dépositaire de La Vérité, mais sur ce coup, c'est autrement plus précis et documenté qu'une encyclopédie centenaire qui a pignon sur rue, mais que ça n'empêche pas de raconter des co...ries plus grosses qu'elle.  Evil or Very Mad 

Et pour Larousse, moi je dis: JUGULA !!!  cheers 
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